Une journée à Lomé
Lomé. Capitale du Togo, petit bout d’Afrique que n’épargne aucun des grands maux de cet immense continent déshérité. A commencer par un tragique et insultant cortège de misère, où surnagent d’indécents îlots d’une sidérante opulence. Le savoir, s’y attendre, ne suffit pas à atténuer le choc.
Difficile d’admettre avec sérénité le dénuement absolu de ce jeune mendiant, amputé des deux jambes, qui fait avancer de ses mains sa caisse à roulettes dans le caniveau, tandis qu’un 4x4 rutilant aux vitres teintées le dépasse en trombe. Raccourci caricatural ?
"C’est un autre monde", lance dans son téléphone portable une touriste aux cheveux gris argent. Elle est attablée à la terrasse d’un hôtel pour touristes, où toutes les couleurs de cheveux sont acceptées, pour peu que le portefeuille qui les accompagne renferme de quoi payer. La dame converse avec un membre de sa famille, resté dans l’hexagone.
Lit à ciel ouvert
Elle raconte sa découverte d’un monde où l’économie de récupération est pratiquée comme l’un des Beaux-arts ; où certains immeubles restent des chantiers perpétuels ; où la circulation entremêle véhicules de toutes sortes, à 4 ou 2 roues, surchargés de préférence, et renvoie les feux de signalisation au rang d’aimables objets de décoration.
Un monde où l’immense plage du front de mer, bordée du palais présidentiel et de l’un des hôtels le plus luxueux de la ville, sert de lit à ciel ouvert à des hordes de miséreux, qui se nourrissent des noix de cocos qui poussent entre sable et bitume ; où la plupart des rues de cette capitale de 700.000 habitants sont en terre battue ; où, une fois la nuit tombée, les échoppes en plein air de dizaines de petits artisans sont éclairées à la lampe à pétrole ou à la bougie, faute d’éclairage public.
Lit à ciel ouvert pour une horde de miséreux (14/10/2006)
Ce monde, c’est également celui dans lequel a débarqué, la veille, une petite équipe envoyée par l’association Emmaüs de Puy-Guillaume. Sa mission : réceptionner un bus expédié à destination du Burkina Faso. Ils doivent le convoyer jusqu’à Yako, à une centaine de kilomètres de Ougadougou, où l’attendent les membres de la Semus, l’un des quatre groupes burkinabés d’Emmaüs. Il y a là Gilles, 52 ans, Compagnon d’Emmaüs et adjoint du responsable du site de Puy-Guillaume ; Joël, 60 ans, bénévole ami des Compagnon ; et enfin Claude, 45 ans, informaticien salarié d’Emmaüs-France et détaché à Puy-Guillaume.
"Bras de mer des pays du Sahel"
Ils sont secondés par Robert, un Togolais de 48 ans chargé des opérations de dédouanement des containers qu’envoie régulièrement la communauté de Puy-Guillaume au Burkina.
C’est à ce dernier qu’il revient de naviguer dans la jungle du port autonome de Lomé, autoproclamé le "bras de mer des pays du Sahel". C’est en tout cas l’accès à la mer le plus commode pour le Burkina-Faso.
Du coup, la route A1 qui traverse le Togo sur toute sa longueur est devenue pour les deux pays un axe économique majeur, objet de toutes les convoitises. C’est lui que s’apprêtent à emprunter l’équipe d’Emmaüs. Avec au volant un autre Togolais, Justin, 42 ans, que Robert emploie comme chauffeur.
Yves LE FAOU
J
Sur la route
Départ de Lomé en direction du Nord (15/10/2006)
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