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Yako

La Montagne

Seule la route qui traverse la ville de part en part est goudronnée. Toutes les autres artères sont de terre battue, ocre, que le moindre souffle de vent – ou passage de véhicule - soulève en poussière épaisse...

Cochons et chiens s’y ébattent dans une égale liberté, fouissant dans les déchets accumulés ici ou là sous l’œil vigilant de vautours décharnés, perchés sur une branche ou le bord d’un toit. Avec ses échoppes de guingois et ses bâtisses basses alignées à la "va comme je te pousse", Yako aurait des allures de villes de western de cinéma, si les deux minarets d’une imposante mosquée n’émergeaient de son foisonnement de toits de chaume et de tôle ondulée. Comme en réponse, une église catholique dresse son clocher à quelques encablures.

Mais la confrontation n’est que visuelle. Pas plus que les appartenances ethniques, les différences religieuses ne posent pas de problèmes majeurs au Burkina. Comme le Sénégal, le Mali et le Niger, le pays est à la frontière des influences musulmanes et chrétiennes. Elles y voisinent paisiblement sur un vivace fond d’animisme.

Une rue de Yako
Une rue de Yako
Seule la route qui traverse la ville de part
en part est goudronnée...

Une coexistence pacifique

La Semus est un bon exemple de cette coexistence pacifique. Son président, Mahamady Sawadogo, est musulman, tandis que son vice-président, René B. Zida, est chrétien, tout comme Martin, le gestionnaire (salarié) de l’association. Mahamady démontre une même tolérance dans l’intimité, avec une femme et une fille aînée toutes deux catholiques…

Sa personnalité, aussi ronde que son physique, n’y est pas étrangère. Aussi intelligent et cultivé qu’il est tolérant, il ne compte pas son temps à la tête de la Semus. Même si son épouse se plaint de ne jamais le voir à la maison, c’est à se demander où il trouve le temps de travailler. Sauf, peut-être, à considérer que son poste de haut fonctionnaire chargé du développement du secteur se confonde quelque peu avec l’administration de la Semus…

Le haut commissaire de la province du Passoré

En tout cas, notre hôte est un personnage qui compte. Le haut commissaire de la province du Passoré (dont dépend Yako), Lamourdia Thiomiano, le souligne sans ambages : "La Semus est au carrefour de tout. Pour les gens d’ici, c’est un peu le bon Dieu !"...

A peine levés, le lendemain de notre arrivée, ce haut fonctionnaire est le premier sur la longue liste des rendez-vous de la journée. La rencontre se déroule dans son bureau. En dépit du rang de son occupant (l’équivalent d’un préfet français), le dénuement du lieu est frappant : murs décrépis, installation électrique précaire, ameublement vieillot. Un bon révélateur de l’extrême modicité des ressources de l’Etat burkinabé.

C’est sans doute l’une des raisons pour lesquels il taxe, au titre de la TVA, les dons reçus par la Semus. Mahamady explique avoir déposé un dossier de réclamation, "en cours d’examen", auprès du fisc. Lamourdia Thiomiano indique que cette taxation est nécessaire pour ne pas fausser le jeu de la concurrence, la plupart des produits mis en vente par la Semus (vêtements, médicaments, etc.) l’étant en effet à prix "sociaux". Mais il assure que le règlement du dossier pourrait s’orienter vers une réduction du taux d’imposition. Ce qui, en creux et dépouillé de l’onctuosité inhérente au discours de tout haut fonctionnaire digne de l’appellation, signifie que l’exonération totale réclamée par l’association a peu de chances d’être agréée.

Le haut commissaire de la province de Passoré
Le haut commissaire de la province du Passoré

Servir et non se servir

En tout cas, et Lamourdia Thiomiano y insiste : la Semus a le "soutien de l’administration, qui a la certitude que l’argent ne part pas ailleurs".

Plaie endémique de l’aide internationale, le détournement des subsides serait ici difficile. Et incompatible avec l’éthique affichée, "servir et non se servir", directement inspirée du mot d’ordre de l’abbé Pierre : "Servir avant soi qui est moins heureux que soi, servir en premier le plus souffrant".

Avant d’être agrée membre d’Emmaüs International, la Semus a dû satisfaire à de sévères exigences comptables. Mahamady précise que, tous les deux ans, les bilans de l’association sont vérifiés par un expert-comptable français. Mais, aux yeux du haut-commissaire, là n’est pas le seul attrait de la Semus. Qu’elle ait su s’assurer du soutien de contributeurs attentifs à ses nécessités est également d’importance !

Devoir de solidarité internationale

« Nous avons eu, déplore-t-il, des partenaires qui n’ont pas toujours respecté les besoins des populations, avec des envois de choses qui pourrissent sur place ». Le compliment est, également, adressé plutôt habilement à la délégation d’Emmaüs 63. Lamourdia Thiomiano ne peut ignorer que les compagnons de Puy-Guillaume ont déjà reçu des émissaires de la Semus, aux demandes desquels ils se sont montrés particulièrement réceptifs.

« Nous avons un devoir de solidarité internationale, répond Joël au nom de tous. « Nous nous attachons à le remplir dans un souci de pertinence dans le choix des dons ». Mahamady confirme. Rien de ce qui arrive d’Auvergne ne reste inutilisé. Tout est plus que nécessaire. Indispensable.


Yves LE FAOU

Une rue de Yako
Une rue de Yako
Un étrange contraste

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