Sur la route
Depuis quelques kilomètres, le car a des problèmes d’embrayage. Justin, le chauffeur, s’est arrêté à Atakpamé, une petite ville située à environ 160 km au nord de Lomé.
Justin s’éloigne le long des baraquements qui s’alignent le long de la route. Il revient quelques minutes plus tard, accompagné de deux mécanos. Ils démontent le capot situé derrière le siège du conducteur, se plongent dans les entrailles du moteur. Le problème semble venir d’une prise d’air dans le circuit de compression.
Le mécano en chef, une casquette de cuir noir recouverte d’une épaisse couche de graisse renversée sur la nuque, veut tout démonter. Gilles, le compagnon d’Emmaüs responsable de l’expédition, refuse.
Echange de quelques billets froissés
Pas question, si on peut l’éviter, de rester bloquer plusieurs heures sur le bord de la route. Ancien routier lui-même, il explique à Justin qu’il suffit de pomper suffisamment sur la pédale, avant de passer une vitesse, pour réamorcer le circuit.
Robert, le transitaire chargé des opérations de dédouanement au Togo et au Burkina, a profité de la halte pour acheter un régime de bananes à une vendeuse ambulante. Pendant que les passagers du car s’en régalent, il palabre avec le mécano et son aide. Quelques billets froissés s’échangent, et Justin redémarre. Il est 8 h 30 (10 h30 en France).
Problèmes d’embrayage Gilles et le mécano, casquette de cuir renversée sur la nuque (15/10/2006)
Après leur panne, les Compagnons d’Emmaüs reprennent leur traversée du Togo vers le Burkina Faso. Réveil matinal et premières surprises...
Nous avons quitté l’hôtel de Lomé à 5 heures du matin, dans un minibus affrété par Robert. Il faisait encore nuit noire, mais la rue grouillait déjà de monde.
Quelques voitures, beaucoup de deux-roues, une quantité étonnante de marcheurs et, encore plus surprenant, des gens qui courent sur le bas-côté. Peut-être quelques joggeurs matinaux, plus sûrement nombre d’habitants de faubourgs lointains démunis de moyens de locomotion qui se rendent en ville.
Un étroit ruban
Après une dizaine de kilomètres, l’aire de transit de la douane se dessine dans le jour naissant. Le car est là. C’est, enfin, le grand départ pour le Burkina. Le ruban goudronné de l’A1 défile dans la plaine.
C’est l’axe majeur de circulation du Togo, qui s’étire du sud au nord, sur environ 700 kilomètres. Sur une carte, le pays apparaît comme un étroit ruban d’une largeur variant de 50 à 150 kilomètres, coincé entre le Ghana et le Bénin.
La faille d’Alédo Au nord du Togo, sur l’axe majeur de circulation (15/10/2006)
A peine embarqués dans l’ancien bus scolaire, avec Justin au volant, nos compagnons font la découverte d’une autoroute à péage, loin d’être sans danger.
Pour le Burkina, c’est la liaison jusqu’à la mer le plus pratique, que les remous de la Côte d’Ivoire rendent encore plus crucial. L’accès au port d’Abidjan étant devenu problématique, la noria des camions en tous genres qui font la navette entre Lomé et Ougadougou a encore enflé. Quelques-uns sont assez récents, mais l’écrasante majorité est hors d’âge. Et souvent pas loin d’être hors d’usage.
Mais, d’évidence, les normes africaines sont infiniment plus souples que leurs parentes européennes. Pneus lisses et rétroviseurs extérieurs arrachés sont monnaie courante, les surcharges systématiques. Cela n’est pas sans conséquences.
Des branchages en travers de l’autoroute
En moins de cent kilomètres, nous croisons deux camions couchés au fossé. Le bitume est à l’unisson, parsemé de nids-de-poule géants - « de vrais nids d’Autruche ! », lance Joël - susceptibles de faire rendre l’âme au plus endurci des amortisseurs.
Il s’agit pourtant, en théorie, d’un axe autoroutier, à péage qui plus est, alors qu’il est loin d’atteindre la qualité d’une départementale française. Heureusement, Justin, notre chauffeur, connaît parfaitement la route et évite les embûches avec maestria. Tous n’ont pas sa maîtrise.
Régulièrement, le car arrive sur des alignements de branchages perpendiculaires au talus. Ils balisent la chaussée pour prévenir de la présence d’un véhicule en panne. Le système est efficace, mais présente un inconvénient. Une fois l’engin réparé, le chauffeur repart le plus souvent sans enlever les branchages.
Yves LE FAOUAlignements de branchages Ils balisent la chaussée lors d’une panne de véhicule (15/10/2006)
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