Ouagadougou
Incroyable ! Pas un seul contrôle depuis la sortie de Bittou. Nous apprendrons le lendemain que c’est le fruit d’un grand ‘ménage’ décidé, quelques mois plus tôt, par le gouvernement burkinabé...
Autre surprise, la route présente un revêtement impeccable. Il n’y manque que la signalisation au sol pour qu’elle soit parfaite. Les quelques centaines de kilomètres qui nous séparent encore de Ouagadougou sont avalés à une vitesse record. Même la nuit, tombée très rapidement comme chaque soir, n’interrompt pas ce bel élan.
D’autant que, sans être abondants, les éclairages publics éclairent suffisamment la traversée des agglomérations pour ne pas risquer un accident à tout moment. Mieux encore, en ville comme en rase campagne, la chaussée est bordée de part et d’autre d’une piste sur laquelle circulent piétons et deux-roues en toute sécurité. Dans ces conditions, rouler devient presque une partie de plaisir.
L’un des pays les plus pauvres de la planète
Naturellement moins favorisé que le Togo, le pays est manifestement mieux organisé et géré. Les bâtiments en dur y sont abondants, les véhicules particuliers beaucoup plus nombreux et en (relativement) bon état.
Autre signe de prospérité ou, à tout le moins de dynamisme économique, les chantiers, de démolition comme de reconstruction, foisonnent sans pour autant rester figés éternellement en l’état. Mais le Burkina Faso n’en reste pas moins l’un des Etats les plus pauvres de la planète.
D’innombrables vendeurs ambulants
Malgré l’heure tardive, d’innombrables vendeurs ambulants circulent dans les faubourgs de Ouagadougou, et leur misère n’a guère à envier à leurs homologues togolais. Idem pour les petits mendiants d’âge scolaire, en loques, qui tendent des boîtes de conserve en guise de sébile...
Ouagadougou Une rue de la capitale
Se frayant un chemin à grands coups de klaxon dans une invraisemblable cohue de véhicules, à deux-roues pour la plupart, le bus traverse la moitié de la capitale. La vaste place des Nations-Unies, puis la traversée de la voie de chemin de fer balisent l’itinéraire jusqu’à l’avenue de la Liberté. "Avenue" certes large, mais pas encore atteinte par la grâce du goudron.
Encastrée entre deux bâtiments quelconques, face aux gravats de bâtisses récemment démolies, la façade de l’hôtel "Le pavillon vert" ne paye guère de mine. Classé dans les établissements "prix moyens à plus chic" par le Guide du routard, (24 euros la nuit pour une chambre climatisée), il va pourtant s’avérer un surprenant havre de paix.

Le pavillons vert Un surprenant havre de paix
Un cybercafé vieillot
Implantées en retrait d’une cour intérieure ombragée, les chambres sont épargnées par le vacarme incessant de la rue. Et si les sanitaires ne connaissent qu’un robinet, celui de l’eau froide, du moins celle-ci coule-t-elle suffisamment pour pouvoir prendre une douche ! La "civilisation" a parfois du bon.
Le lendemain matin, après notre première grasse matinée du séjour (réveil à 7 heures, que le lever du soleil n’a pas réussi à avancer), je découvre à l’établissement un autre charme : celui d’une liaison ADSL, qui va me permettre enfin de transmettre au journal une partie des photos accumulées depuis notre arrivée en Afrique. A Lomé, je n’avais pu dénicher qu’un cybercafé où une vingtaine d’ordinateurs vieillots se partageaient une poussive ligne à bas débit. La demi-heure nécessaire à la connexion et à la transmission d’un seul texte m’avait dissuadé de poursuivre.
La couverture en téléphonie mobile est exceptionnelle
Par contre, au Togo comme au Burkina, la couverture en téléphonie mobile est exceptionnelle, y compris dans les régions les plus reculées. D’un coût beaucoup trop élevé, les infrastructures classiques, avec leurs cohortes de poteaux et leurs kilomètres de câbles, sont restées embryonnaires...
Nettement moins onéreuses, les antennes du réseau sans fil ont poussé comme des champignons, et leurs paraboles balisent les routes principales comme autant de sentinelles. Différents opérateurs se disputent le marché. Partout, de petites cahutes ou des vendeurs ambulants proposent d’indispensables cartes prépayées : compte-tenu de la modicité et de l’irrégularité des revenus, le principe de l’abonnement mensuel ‘à l’occidentale’ est ici inapplicable.
Le départ pour Yako, le siège de la Semus, est prévu pour le début d’après-midi. Il se fera en voiture, le bus étant retenu depuis la veille au soir dans l’enceinte de dédouanement de Ouga. Cette brève matinée libre est mise à profit pour une rapide découverte du centre ville. Claude doit récupérer un colis à la poste central, l’équipe suit afin d’acheter des timbres.
Acheter une carte postale tient de l’exploit
Rapidement repérés par les rabatteurs des boutiques de souvenirs pour touristes, nous sommes submergés de propositions d’achat. Bijoux, colliers, statues, étoffes, batiks, bronzes et colifichets en tous genres, tout y passe. Impossible de regarder sereinement le moindre objet sans être assailli d’offres de prix, délirantes par rapport au salaire moyen du pays (aux alentours de 40.000 francs CFA, soit 60 euros…), mais malgré tout raisonnables au regard du pouvoir d’achat de l’Européen moyen.
Même acquérir quelques "cartes postales", décorées d’un morceau de batik, tient de l’exploit. Vendeurs d’enveloppes, timbres et cartes supplémentaires - pourquoi pas ? - suivent à la trace, impatients eux aussi de faire affaire. Le tarif, lui, est toujours une question d’appréciation. On peut vouloir à toute force éviter de se faire "arnaquer", et marchander ferme. L’on peut aussi accepter de payer deux à trois fois le prix local, considérant que c’est une manière de partager un évident surplus de richesse avec beaucoup, beaucoup plus démuni que soi…
Yves LE FAOU
En route vers Yako une invraisemblable cohue de véhicules, à deux-roues pour la plupart
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