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La frontière

La Montagne

6 heures du matin. Départ de Dapaong, après une nuit brève mais réparatrice. Les rues grouillent déjà de monde. Beaucoup d’enfants et d’adolescents. Des écoliers, qui portent tous le même uniforme beige. La frontière est à 40 kilomètres. De part et d’autre de la route, le paysage prend des allures de savane. Aride, parsemé de petits champs de mil.

« Du petit mil », précise Robert (sans doute du millet), par opposition à celui, plus grand, qui pousse dans les plaines luxuriantes du sud. Quelques constructions précaires apparaissent. Ce sont les faubourgs de Cinkassé, ville frontière entre le Togo et le Burkina.

Misère criante, résignation immense

Après avoir franchi, moyennant l’inévitable "petit billet", le premier barrage casse-croûte de la journée, Justin gare le car sur une esplanade poudreuse saturée de camions. C’est un véritable condensé de ce qui circule sur les routes du pays. Des baraquements de bois entourent un unique édifice érigé en dur.

C’est là que se dirige Robert, papiers du bus en main. Dès que nous descendons, l’habituelle noria de vendeurs ambulants et mendiants défile. Leur misère est criante, leur résignation immense. Ils se figent à côté de nous et attendent, marchandise présentée ou main tendue. Puis ils

finissent par se lasser et s’éloignent en direction d’un autre véhicule.


Esplanade poudreuse
Esplanade poudreuse
Sur l’espalanade poudreuse, saturée de camions, une ânesse
nourrit son petit (16/10/2006)

Ici ou là, un chauffeur achète quelque chose à manger, ou des cigarettes. L’un d’eux, stationné à proximité, est en train d’examiner son camion. Intéressé, Gilles s’approche. Il revient un peu plus tard et nous explique que l’essieu est cassé. Vu l’état général du véhicule, il n’est pas sûr qu’il ne reparte un jour.

Le soleil est de plomb, l’attente interminable. Robert finit par revenir. Il faut se présenter au contrôle de l’immigration, distant d’une centaine de mètres. Nous découvrons une cabane de bois munie d’une planche en guise de guichet, derrière laquelle sont assis deux militaires. Un troisième est installé sur un banc, sous l’auvent extérieur de la baraque.

L’attente recommence

Leurs uniformes sont à peine moins dépenaillés que ceux de leurs collègues "en poste" sur la route. Tour à tour, nous tendons nos passeports. Le contrôle se résume à l’examen du document et la vérification du visa. Le plus gradé relève notre nom et notre profession sur un registre.

Quelques Africains originaires d’autres pays sont contrôlés de la même façon, mais nous ne voyons aucun autre occidental. Passeport enrichi d’un nouveau tampon, accompagné de la date de sortie du pays, nous regagnons le bus. Justin l’engage dans une file incroyable de camions, et l’attente recommence. Une barrière de bois rouge et blanche apparaît enfin. Elle se lève, le car avance...


A la frontière
A la frontière
Une barrière de bois rouge et blanche se lève, le car avance...
(16/10/2006)

Mais c’est pour mieux buter sur une nouvelle rangée de véhicules, immobilisés dans une chaleur de plus en plus étouffante. Encore des Togolais en uniformes, des gendarmes cette fois, qui se constituent leur paye du jour. Un "petit billet de mille" plus tard, nous butons sur le poste frontière du Burkina.

Nouveau stationnement, nouveau départ de Robert, nouvelle attente. A son retour, il nous dirige vers le poste de contrôle burkinabé. Le bâtiment est en dur, les uniformes dignes de ce nom. Mais c’est toujours l’Afrique.

Du plaqué or tapageur

La porte d’entrée ouvre sur une salle principale où l’unique bureau partage l’espace avec deux lits. Au mur, passablement décrépi, un portrait de Blaise Compaoré, le président du pays, est accroché légèrement de guingois au-dessus d’un feuillet punaisé qui énonce "les devoirs du policier".

Ces derniers exhibent tous au poignet une montre-bracelet d’un plaqué or tapageur. Le contrôle d’entrée est tout aussi sommaire que pour sortir du Togo. Examen du passeport, vérification du visa, relevé sur un registre quasi identique du nom et de la profession des entrants. Là encore, nous sommes les seuls occidentaux de passage.

Yves LE FAOU

Après la frontière
Après la frontière
Nouveau stationnement, nouvelle attente (16/10/2006)
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