Développement économique
Il vaut mieux apprendre à pêcher à un affamé, que de lui donner des poissons. Vieux comme l’aide au développement, l’adage a conservé toute son acuité. La Semus l’applique à la lettre....
Pour combattre pauvreté et misère, la Semus pourrait se contenter d’organiser la redistribution des ressources provenant de différentes structures à vocation humanitaire, au premier rang desquelles Emmaüs 63.
Elle préfère travailler à les faire prospérer. C’est l’objectif des différentes entreprises économiques qu’elle soutient, qui touchent à des domaines aussi variés que la sécurité alimentaire ou l’auto promotion sociale.
Zébu et Azawak pour vaches laitières
La première structure que nous découvrons est la ferme-pilote de Yako. Sa création repose sur un constat : le Burkina Faso importe lait et viande, alors que bien géré, le cheptel existant devrait suffire à couvrir les besoins du pays. Le troupeau de la ferme est suivi par un vétérinaire, ce qui est encore exceptionnel au Burkina. Le cheptel combine des vaches locales, Zébu et Azawak, ainsi des Goudali, une espèce originaire d’Afrique centrale.
La ferme pilote à Yako Un troupeau composé de Azawak et Goudalie et un taureau
croisé Azawak et Holstein
Ces dernières ont pour avantage de produire plus de lait, 18 litres par jour en moyenne. Car l’un des objectifs de la ferme est d’alimenter la laiterie voisine, également initiée par la Semus : sa capacité de traitement de 600 litres par jour, avec un seuil de rentabilité à 150 litres. ais aujourd’hui, on est loin du compte. Les vaches donnent encore peu, et la laiterie est restée dans les limbes. Construite voici trois ans en limite d’agglomération, grâce à un investissement d’Emmaüs International, elle attend toujours les alimentations en électricité et en eau qui lui permettraient de fonctionner !
Un élément nouveau vient toutefois de survenir : la construction, déjà bien avancée, d’un hôtel de luxe voisin.
Fruit de l’investissement privé d’un gros commerçant de Ouagadougou originaire de Yako, ses raccordements imposeront de faire passer câbles et tuyaux devant la ferme.
Plus aboutie est la production de miel. Une sorte de coopérative regroupe quatre-vingt sept apiculteurs originaires de douze villages du secteur, dont la Semus rachète l’intégralité de la production, qu’elle commercialise.

La mielerie Une sorte de coopérative regroupe quatre-vingt sept apiculteurs
Elle leur apporte également une aide à la formation, à l’équipement, ainsi qu’à la plantation d’espèces variées permettant de produire des miels d’essences différentes. Malheureusement, la saison est terminée à notre passage, et la totalité du miel stocké a déjà été revendu. Au lieu d’en goûter la saveur, nous nous contenterons de voir l’extracteur et les cadres utilisés. Autre découverte, l’existence d’une "banque de céréales". Créée pour pallier les périodes de disette pouvant survenir entre deux récoltes, elle achète et stocke les surplus d’une année.

La banque de céréales Stockage de céréales destinées à être vendue à prix "social"
en cas de disette
Si le grain vient à manquer, cette "banque de céréales" le revend à faible prix pour que les gens puissent continuer à manger à leur faim. Sous un hangar, de hautes piles de sacs de céréales sont le signe tangible d’importantes réserves. Toujours au chapitre de l’alimentation, l’acquisition d’un moulin à grain permet aux habitants de moudre eux-mêmes leur farine.

La meunerie l’acquisition d’un moulin à grain permet aux habitants
de moudre eux-mêmes leur farine.
Outre les activités de productions qu’elle impulse directement, la Semus agit comme banquier, afin de favoriser la création de petites unités économiques.
Un taux d’emprunt à 7 % au lieu de 20 %
S’inspirant des expériences de micro-crédit développées au Bangladesh, elle propose des prêts de petits montants (500.000 francs CFA maximum, soit environ 760 euros), remboursables sur six mois à un taux de 7 %, alors que les taux bancaires classiques sont supérieurs à 20 %. Elle dispose pour cela d’un volant de crédit de 25 millions de francs CFA (près de 38.000 euros).
Malgré l’absence de garanties initiales des emprunteurs, les taux de remboursement sont élevés. C’est le signe que la plupart des petites entreprises ainsi créées dégagent suffisamment d’argent pour s’acquitter de leurs dettes. Et nourrir ceux qui y travaillent.
Yves Le FaouPrevious page: La SEMUS
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