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Des ignames pour Mahamadi

La Montagne

gbandi. Justin se fraye un chemin à grands coups de klaxon sur la route qui traverse le village. Comme les chauffeurs des camions et voitures circulant dans les deux sens, il ralentit à peine, frôlant les piétons, vélos, cyclos et charrettes qui envahissent la chaussée...

Sur un signe de Robert, il freine en souplesse pour se garer sur le bas-côté, le long d’une rangée d’échoppes de bois. La halte est bienvenue, tout le monde descend se dégourdir les jambes.

Robert se dirige vers un étal où sont empilées d’énormes racines. Ce sont des ignames. Les tubercules de cette plante, surnommée « la pomme de terre de l’Afrique », se mangent en gros cubes frits dans de l’huile, exactement comme des patates. Elles en ont partiellement le goût, auquel il faut ajouter celui de la châtaigne grillée. Autant dire un délice, que nous aurons l’occasion de déguster le surlendemain, dans un restaurant de Ouagadougou.

De larges plateaux métalliques

Les ignames que fait charger Robert sont destinées à être offertes à Mahamadi Sawadogo, président de la Semus, l’association burkinabé destinatrice du car. Pour 3.800 francs CFA (un peu moins de 6 euros), les femmes de la petite échoppe en chargent une quantité impressionnante sur de larges plateaux métalliques.

Elles les livrent à la portière du bus. A la sortie du village, Justin stoppe à nouveau pour faire le plein. Le contraste entre la station service, propre et moderne, et le reste des bâtiments est saisissant.

D'énormes racines
D’énormes racines


les femmes de la petite échoppe en chargent une quantité impressionnante sur de larges plateaux métalliques. Elles les livrent à la portière du bus.

Les kilomètres défilent à nouveau. Malgré la fatigue grandissante, chaque passager a les yeux rivés sur le paysage. Tout est surprenant. Ici, ce sont d’imposants empilements de sacs de toile grise sur le bas-côté, au milieu de nulle part...

Plus le nord du pays approche, plus la végétation se modifie. Moins luxuriante, avec des pâturages en nombre croissant. Les habitations changent également. Les quelques bâtiments en dur qui apparaissaient de temps à autre se sont effacés au profit de huttes, le plus souvent circulaires, aux toits de chaume ou de tôle ondulée.

Une corde qui court sur le bitume

Il n’y a plus que les écoles qui soient encore bâties en briques. Robert explique qu’elles sont le plus souvent financées par les communautés villageoises.

Autre nouveauté, l’intensification des contrôles routiers. Les barrages de gendarmes, de douaniers ou de gardes forestiers prolifèrent comme de la mauvaise herbe. Ils sont le plus souvent matérialisés par deux panneaux mobiles, disposés en chicane sur les deux voies de circulation. Entre les deux, une corde court sur le bitume, qu’un "employé" des fonctionnaires relève à la demande. Gendarmes, douaniers ou gardes, eux, se tiennent en retrait, assis à l’ombre devant une cahute sommaire.

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Une corde qui court sur le bitume

Gendarmes, douaniers ou gardes, eux,
se tiennent en retrait, assis à l’ombre
devant une cahute sommaire.

Leurs uniformes sont étonnamment délabrés. Certains n’ont plus que le pantalon, d’autres la veste, ouverte sur des maillots à la propreté plus que douteuse. Les épaulettes, quand elles existent encore, sont élimées...

Nous ne voyons ni armes, ni radios, encore moins de véhicules. Pour autant, pas un chauffeur ne s’avise de ne pas s’arrêter. La seule fois où, faute de panneau annonciateur, la vigilance de Justin sera prise en défaut, un coup de sifflet impérieux le rappellera à l’ordre.

A chaque halte, il doit descendre avec les papiers du véhicule, dans lesquels Robert a glissé un "petit billet de 1.000". Mille francs CFA (1,50 euro environ), c’est manifestement l’unité de mesure de la "rétribution" du fonctionnaire de base. Une somme qui pourrait paraître minime, si le salaire mensuel de base n’était pas d’à peine 40.000 francs CFA.

Arrêté une douzaine de fois

A Ouagadougou, nous apprendrons que cette corruption endémique est due aux retards, tout aussi chroniques, du paiement de leurs salaires.

Lors de notre passage, ils n’avaient pas été payés depuis dix mois ! Entre Lomé et Dapaong, la dernière ville importante avant la frontière avec le Burkina, le car aura ainsi été stoppé une douzaine de fois.


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