De retour du Burkina Faso
C’est un choc. Culturel, humain, émotionnel. Difficile de rester insensible au dénuement général, à la misère omniprésente, saisissante. Éprouvante. Le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un revenu moyen par habitant de l’ordre d’un euro et demi par habitant. Le savoir est une chose. Le voir en est une autre.
Aucun des membres de l’équipe d’Emmaüs 63 partis convoyer un bus offert à la Semus (Solidarité et entraide mutuelle au Sahel), l’un des quatre groupes burkinabé d’Emmaüs, n’en est revenu moralement indemne. Il y eut, pour commencer, la traversée du Togo. Dès Lomé, la capitale, la pauvreté et l’impression de délabrement du pays effra
Le littoral Atlantique à LoméEstropiés mendiant aux carrefours et ordures amoncelées au pied des cocotiers, le long de la plage longeant le front de mer, contraste d’une façon particulièrement choquante avec le luxe affiché aussi bien par la résidence présidentielle que par une poignée d’établissements pour touristes privilégiés.
Gamins dépenaillés
Kilomètre après kilomètre, la lente remontée vers le nord à bord du car confirme le délitement du pays, pourtant riche d’abondantes ressources naturelles. Impayées depuis dix longs mois, les forces de l’ordre "font" leur paye en rackettant les véhicules, dont de nombreux camions, incroyablement surchargés, qui circulent entre Lomé et la frontière nord.
Accès naturel à la mer du Burkina, le port togolais revêt une importance encore plus grande depuis que les événements de Côte d’Ivoire ont compliqué l’accès au port d’Abidjan. Sur le bord de la chaussée au revêtement incertain, des gamins dépenaillés surgissent de nulle part à chaque arrêt imposé. Pour eux, tout est richesse, jusqu’aux bouteilles de plastique d’eau minérale, qui se revendent à l’unité sur les marchés.
Moins naturellement favorisé, mais nettement plus structuré, le Burkina n’en est pas moins en proie à d’importantes difficultés matérielles. La traversée des faubourgs de Ouagadougou, la capitale, est édifiante. La situation de Yako, le siège de la Semus, l’est tout autant. Cette ville de quelque 20.000 habitants est située en lisière du Sahel, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de "Ouaga".
Au carrefour de tout
De l’aveu même du haut-commissaire de la province (l’équivalent d’un préfet français), le groupe Emmaüs local y est "au carrefour de tout". Orphelinat, dispensaire, lutte contre le Sida, soutien à l’agriculture, développement économique, beaucoup dépendent de lui. Et, par voie de conséquence, d’Emmaüs 63.
L’orphelinat de Teega Wendé Le groupe Emmaüs local est "au carrefour de tout".
Les actions de la Semus sont en effet, frais de personnel compris (19 salariés), financées à 70 % par le contenu des containers que lui envoie la communauté de Puy-Guillaume. Vêtements, électroménager, outillage, pièces détachées, tout est nécessaire, utilisé, valorisé. Soucieuse d’efficacité maximale, la délégation auvergnate prend note des besoins, immenses.
Des envois précieux par container qui pourrissent parfois sur place
Pas question de gaspiller une place et un argent précieux (5.000 € par container) pour des envois voués à pourrir sur place. La même démarche a présidé au don du bus. Ce sont les Burkinabés eux-mêmes qui l’ont demandé, après l’avoir repéré qui stationnait, inutile, à Puy-Guillaume, sur le parking d’Emmaüs.
Signe de leur intérêt : en dépit de la modicité de leurs ressources, ils ont pris en charge la moitié des frais de convoyage. Sur place, l’ancien car de transport scolaire de la commune de Brugheas va servir à convoyer les différents « publics » de la Semus : orphelins, agriculteurs, personnel en formation, etc.
Apprendre à pêcher à un affamé, plutôt que lui donner du poisson
Car, et c’est tant mieux, la Semus ne se contente pas de redistribuer l’aide humanitaire internationale. Donner du poisson à un affamé, c’est bien. Lui apprendre à pêcher, c’est mieux. Ferme-pilote, laiterie, minoterie, coopérative apicole ou microcrédit sont ainsi autant d’outils créés et soutenus par le groupe burkinabé d’Emmaüs, afin d’aider au développement du secteur.
Malgré d’importants handicaps structurels (alimentation en eau et en électricité insuffisante, routes bitumées trop rares, malnutrition endémique…), la province de Yako s’efforce de prospérer. Avec l’aide des compagnons d’Emmaüs, plus que jamais fidèles à leur devise : "servir plus démuni que soi".
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